Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /Avr /2009 16:48
''Le Grenelle permet surtout de fonder un nouveau modele de croissance'', Actu-Environnement, 01/04/09

 Propos recueillis par Carine Seghier  Pour la semaine du Developpement Durable, Jean-Louis Borloo, revient pour Actu-Environnement sur la croissance des eco-activites et leur potentiel de recrutement dans un contexte de crise economique et financiere. Une opportunite de poser les bases de la croissance verte ?

AE : Les secteurs de l'Environnement pourront-ils, à votre avis, contribuer à amortir les effets de la crise economique et financiere actuelle ?


Jean-Louis Borloo :
Bien entendu ! Le Grenelle Environnement, ce sont pres de 400 milliards d'euros d'investissement et plus de 550.000 emplois selon les professionnels, dans tous les domaines de la croissance verte : la construction, la renovation thermique, les transports, les energies renouvelables... Je rappelle d'ailleurs que 35% des investissements du Plan de relance sont directement consacres à l'acceleration des chantiers du Grenelle Environnement. Grace à ces investissements programmes sur plusieurs annees, nous donnons de la visibilite à nos industriels et à leurs milliers de sous-traitants. Quant aux Francais, c'est l'occasion ou jamais de faire des economies sur leurs factures energetiques en profitant des maintenant de toutes les mesures fiscales du Grenelle Environnement comme par exemple le cumul exceptionnel entre « credit d'impot developpement durable » et « eco-pret taux zero ». Selon une etude recente du Boston Consulting Group, la renovation d'un appartement de 100 m2 en mauvais etat permet d'economiser jusqu'à 1400 euros par an ! C'est un vrai « plus » en termes de pouvoir d'achat. Mais au-delà, ces mesures illustrent, au fond, une double realite : le Grenelle Environnement participe, certes, pleinement de la relance mais il permet surtout de fonder un nouveau modele de croissance pour les dix ou quinze annees à venir.

AE : Des projections annoncant la creation de centaines de milliers d'emplois sur les metiers de l'environnement, de la maitrise de l'energie et des energies renouvelables ont ete etablies à l'issue du Grenelle Environnement, c'est-à-dire avant la crise. Doit-on s'attendre à un recadrage de ces chiffres ?


JL-B :
Absolument pas ! Et si vous voulez mon avis, s'il y a recadrage, ce sera plutot à la hausse car tous les chantiers du Grenelle Environnement vont rapidement monter en puissance. Grace à l'eco-pret à taux zero et à l'enveloppe exceptionnelle de 1,2 milliards d'euros de prets à taux bonifie de la Caisse des Depots pour financer la rehabilitation de 100.000 logements sociaux sur la periode 2009/2010, le seul secteur de la renovation thermique permettra de creer pres de 115.000 emplois. De plus, le Plan de relance prevoit d'accelerer les acquisitions foncieres et les travaux preparatoires de nombreux projets : LGV Bretagne/Pays-de-la-Loire, seconde phase du TGV Est, Canal Seine-Nord-Europe... Ces operations donneront du travail à nos entreprises des 2009. J'ajoute enfin que 710 millions d'euros seront consacres des cette annee à la realisation de nouvelles lignes de transports urbains dans les grandes villes de France. Tous ces projets ont ete programmes et finances depuis plusieurs mois. D'une certaine facon, le Grenelle Environnement, participe à la relance et permet d'en accelerer sa mise en œuvre.

AE : Si l'eco-pret à taux zero soutiendra sans nul doute les filieres de la renovation des batiments et de travaux à destination des particuliers, certains projets comme ceux de l'eolien et des grandes centrales solaires notamment, semblent aujourd'hui souffrir d'une timidite des investisseurs. Votre Ministere s'est-il penche sur la question ?


JL-B :
Tres honnetement, je ne vois pas pourquoi les acteurs hesiteraient à investir dans des secteurs qui connaissent une croissance annuelle comprise entre 60%, pour l'eolien, et 130%, pour le solaire photovoltaique ! J'ai ainsi presente au mois de novembre dernier, un plan de developpement des energies renouvelables dont le but est de doubler en 12 ans notre production annuelle soit une hausse de 20 millions de tonnes equivalent petrole. Ce plan prevoit egalement la construction d'une centrale solaire par region et le lancement d'un troisieme appel d'offre « biomasse » portant sur une puissance cumulee de 250 MW. Et puis, nous avons prevu des dispositifs fiscaux tres incitatifs pour garantir la rentabilite de ces investissements sur le long terme : confirmation des differents tarifs d'achat, possibilite d'exonerer de taxe fonciere les batiments qui integrent des energies renouvelables, exoneration totale de TVA, de taxe professionnelle et d'impot sur le revenu pour les panneaux photovoltaiques de moins de 30 m2... Nous encourageons les investisseurs et les entrepreneurs dans des domaines porteurs !

AE : Que repondez-vous à ceux qui considerent que le Plan de relance va à l'encontre des objectifs du Grenelle Environnement ? Autoroutes et industrie automobile constituent-ils des secteurs de recrutement et d'emploi d'avenir ?


JL-B :
D'abord, et comme je vous le disais tout à l'heure, je rappelle que 5 milliards d'euros soit 35% des investissements prevus par le Plan de relance sont directement consacres à l'acceleration des chantiers du Grenelle Environnement. De plus, lorsque nous prevoyons 85 millions d'euros pour la securisation des tunnels ou 200 millions d'euros pour moderniser le reseau national, il s'agit surtout de mesures de securite routiere ! Effacer un carrefour dangereux ou supprimer un passage à niveau « accidentogene » n'ont jamais ete contradictoires avec les principes du developpement durable. Et puis, le Gouvernement entend aider les constructeurs automobiles francais à commercialiser le plus rapidement possible des vehicules tres faiblement emetteurs, qui sont, comme chacun sait, les vehicules d'avenir. L'Etat investit ainsi pres de 400 millions sur trois ans en faveur de la recherche sur ces nouveaux modeles. Nous allons egalement etendre le benefice du bonus de 5.000 euros sur les vehicules emettant moins de 60 gCO2/km aux vehicules utilitaires legers. L'Etat procedera enfin au renouvellement de son parc automobile des 2009 afin de remplacer ses vehicules ages de plus de 10 ans par des vehicules toujours plus performants sur le plan energetique. L'objectif est d'atteindre à tres court terme, le seuil de 100.000 vehicules electriques en circulation pour que les constructeurs francais soient les plus competitifs sur ce segment clef de la bataille economique de demain.

AE : Le dynamisme de certaines eco entreprises semble quelque peu impacte par la mauvaise conjoncture à l'image de l'industrie du recyclage. Ce secteur peut-il esperer une aide à l'instar des banques ou de l'automobile ?


JL-B :
Les eco-entreprises seront les premieres beneficiaires des 400 milliards d'euros d'investissement du Grenelle Environnement : renovation thermique, recyclage, fabrication et installation de panneaux photovoltaiques, conseil aux particuliers, entreprises de construction... Il faut egalement attendre que les 35 mesures de fiscalite « verte » mises en place en 2008 produisent tous leurs effets : eco-pret à taux zero, prorogation et extension du credit d'impot « developpement durable », verdissement des dispositifs d'acces à la propriete pour l'achat d'un logement particulierement performant sur le plan energetique, exoneration totale de taxe sur les panneaux photovoltaique de moins de 30 m2,...Et puis, les eco entreprises qui sont, la plupart du temps, des entreprises tres innovantes peuvent beneficier de tous les dispositifs de soutien à l'innovation comme le credit d'impot recherche ou les avantages lies aux fonds communs de placements. Ces entreprises ont toutes les raisons de croire en leur avenir !
AE : Une etude publiee sur Emploi-Environnement.com en decembre dernier pointait du doigt les faiblesses, tant qualitatives que quantitatives, en terme de formation sur les metiers de l'environnement et des energies renouvelables. Qu'en pensez-vous ? Des dispositifs sont-ils prevus ?


JL-B :
Aujourd'hui, les formations, les universites et les grandes ecoles integrent progressivement, d'une facon ou d'une autre, le developpement durable dans leurs enseignements sous forme de modules, de specialisations ou de chaires... De plus, nous travaillons depuis le debut du Grenelle Environnement en etroite collaboration avec l'ensemble des professionnels de chaque secteur pour voir comment ameliorer le recrutement, les qualifications et les formations afin de mieux repondre aux besoins. C'est là qu'il nous faut vraiment concentrer nos efforts. Je suis convaincu que nos entreprises, nos ingenieurs et nos artisans seront au rendez-vous du Grenelle Environnement.

En tout cas, je voudrais dire aux jeunes qui en ce moment meme s'interrogent sur leur avenir : que vous aimiez la biologie ou le droit, que vous soyez attires par des activites concretes ou plus theoriques, que vous soyez encore sans qualification ou dejà diplome, le developpement durable offre de formidables opportunites de carriere. En clair, c'est là qu'il y aura du boulot demain.

<http://www.actu-environnement.com/ae/news/interview_borloo_potentiel_emploi_actu_environnement_7089.php4>
Par Admin-Polytech-21
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Mardi 14 avril 2009 2 14 /04 /Avr /2009 11:42
Source : Univers Nature, Avril 2009
Fabrice Flipo, Maitre de conferences en philosophie a Telecom Ecole de Management  

Deux ans apres le Grenelle, la semaine du Developpement Durable est plus que jamais placee sous le signe de l'environnement. C'est deja un resultat satisfaisant.

Quelques annees en arriere, le critere environnemental etait totalement neglige, aujourd'hui, chacun a decouvert sa « verite qui derange » et cherche a justifier son activite par rapport aux consequences qu'il provoque sur l'environnement. Le domaine des telecommunications a tres recemment decouvert qu'il n'etait pas aussi « dematerialise » qu'il le pensait. Il consomme des quantites importantes d'energie, entre 7 et 13,5% de la consommation electrique francaise, quand meme ! Il exploite des ressources rares : il est a l'origine de 30 % de la demande mondiale d'argent, 12 % de l'or, 30 % du cuivre, et jusqu'a 80 % du ruthenium ou de l'indium selon Umicore (2007), l'un des leaders mondiaux des materiaux.

Certaines filieres, comme le coltane, ont ete pointees du doigt comme alimentant les guerres en Afrique (RDC). Enfin les TIC (1) utilisent des produits toxiques, par elles-memes (retardateurs de flamme bromes, phtalates ou beryllium) ou au cours de leur fabrication. La pression des associations ecologistes n'est pas etrangere a cette prise de conscience. Greenpeace par exemple a publie des 2005 un rapport qui pointe du doigt les problemes du secteur. L'association entretient depuis pres de trois ans un classement actualise qui permet de juger de la « vertitude » des constructeurs.

Mais les associations n'ont pas l'exclusivite du sujet. Apres des decennies de frilosite sur le sujet (rappelons que le premier sommet se tint en 1972 a Stockholm...), la France, avec le Grenelle, s'est enfin autorisee a parler ouvertement d'ecologie. Et surtout la reglementation s'est chargee de pousser les constructeurs a agir. Les annonces seduisantes se sont multipliees. L'association Green Grid cherche a promouvoir des datacenters « verts ».

Google veut refroidir ses fermes avec de l'energie de la mer ou les implanter dans des zones plus froides.

Orange collabore avec WWF pour evaluer la qualite environnementale des terminaux distribues. Nokia vient de sortir un telephone mobile « vert », nomme « Evolve », aussitot suivi par Samsung. Un terme a meme ete officiellement agree : les EcoTIC, ou « Green IT » (2) en anglais. Mais ces initiatives ne sont pas indemnes de « greenwashing », c'est-a-dire d'annonces superficielles non suivies d'effet. British Telecom, par exemple, a annonce une reduction de ses emissions de gaz a effet de serre de 80%... en oubliant de preciser que le plus gros serait realise par une manipulation administrative conduisant l'entite « BT » a se separer des activites les plus polluantes. Greenpeace a recemment realise un joli coup mediatique en demontrant, preuve a l'appui, que les produits TIC pretendument demanteles se retrouvaient en realite deposes dans des decharges sauvages... au Nigeria !

Il faut en effet comprendre que le « Green IT » est avant tout une preoccupation sectorielle, dont l'un des buts est de rassurer le consommateur - et non de l'impliquer ou de lui faire changer ses habitudes, ce qui risquerait de porter atteinte a la sante resplendissante des marches TIC et l'image positive des produits. La seule chose qui lui est demandee est de trier ses dechets...

Cette demande est tellement timide que le pictogramme sense la materialiser (une poubelle barree) se retrouve souvent niche au sein de dizaines d'autres, voire dans des endroits inaccessibles (derriere les batteries) ! Le citoyen se retrouve alors pris entre des exigences totalement contradictoires voire impraticables de la part des differentes institutions, chacune dans leur secteur. La consommation « verte » devient un veritable champ de bataille puisqu'il s'agit de proteger la planete tout en ne derangeant pas les lobbies, les differents services de l'Etat, voire meme les priorites des ONG... Comment se faire entendre !?

Ceci nous permet de rappeler que le developpement durable est en realite un enjeu bien plus large que la « consommation verte » qui se presente comme sa solution.

Le developpement durable
, ce n'est pas de faire la meme chose en plus vert mais de faire autre chose : voila ce qui semble assez difficile a comprendre. Autrement dit optimiser les processus existants, tendre au zero gaspillage etc. ne suffira pas voire meme sera contre-productif car cela conduira a eviter de poser les bonnes questions - celle de l'obsolescence acceleree engendree par la pression publicitaire, des inegalites sociales qui conditionnent l'acces a tel ou tel service, notamment « verts » etc.

Le developpement durable c'est bien plus que cela : c'est de repondre a l'interrogation legitime quant a l'avenir, en particulier de la part des plus vulnerables.

Le processus en cours, de nature gestionnaire, doit donc prendre un tour plus politique.

Ce dont nous avons besoin, c'est d'utopie, et non de savoir trier les dechets !

 - 1 TIC = Technologies de l'Information et de la Communication
- 2 IT = Information Technology
<http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3678>
Par Admin-Polytech-21
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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 11:27
Decryptages. La crise, par ou la sortie ?

Les debats du Monde avec 
Chantal Jouanno, Emmanuel Todd, Jacques Attali, Jean Gadrey, Erik Orsenna et Herve Kempf, Le Monde, 26/03/09 Propos recueillis par Marie-Beatrice Baudet

Des propos convergents sur des approches de Développement dit durable....!!

Quel diagnostic portez-vous sur la crise economique mondiale que nous vivons aujourd'hui ? Quel sens revet-elle pour notre societe ?

Emmanuel Todd :
Avant la crise, certains qualifiaient les Francais de pessimistes.

Aujourd'hui, vu ce que nous vivons, je crois que nous pouvons dire qu'ils sont realistes. Le niveau de conscience de la population est d'ailleurs, selon moi, superieur a celui de nos gouvernants. Qui peut ainsi encore croire que nous sommes confrontes a un simple probleme financier ou de moralite ?

Aujourd'hui, la question centrale est celle de l'insuffisance globale de la demande, d'ou tous ces discours autour des plans de relance. Ce point est desormais largement admis. En revanche, ce qui n'est pas encore admis - exception faite de quelques analystes plus en pointe -, c'est la cause de cette demande insuffisante qui n'est autre que le libre-echange.

Le libre-echange n'est pas une mauvaise chose en soi. Une partie de l'argumentation libre-echangiste est valable : realisation d'economies d'echelle ; specialisation des pays selon leurs competences de production, etc. Mais l'extension demesuree du libre-echange a renvoye le capitalisme a sa vieille tradition qui est celle d'une sorte de retard tendanciel de la demande par rapport a la croissance de la production.
Qu'est-ce qui se passe sous un regime de libre-echange ? Les entreprises, les unes apres les autres, se positionnent non plus par rapport a une demande interieure, a l'echelle nationale, mais par rapport a une demande de plus en plus percue, dans la realite mais aussi de maniere un peu mythique, comme une demande exterieure.

Consequence : les entreprises ne percoivent plus les salaires distribues comme une contribution a la demande interieure mais plutot comme un cout qui les empeche d'etre competitives vis-a-vis de leurs concurrents mondiaux. Essayez d'imaginer ce qui se passe si toutes les entreprises, partout sur la planete, entrent dans une logique d'optimisation et de compression du cout salarial : vous arrivez a la situation actuelle ! Qui plus est, ce mecanisme est aggrave par l'arrivee de pays emergents, comme la Chine.

Cette ligne directrice permet de comprendre la crise actuelle. D'un cote, pour la majorite de la societe, on assiste a un ecrasement de la consommation, avec une montee des inegalites. De l'autre, un afflux d'argent au cerveau qui explique la speculation financiere. Tant que les gouvernants n'auront pas compris cela, nous ne nous en sortirons pas.

C'est sympathique que le G20 se reunisse le 2 avril, a Londres, sauf qu'il va se reunir pour dire qu'il faut empecher toute mesure protectionniste...

Jacques Attali :
Comment expliquer la crise ?

D'abord, il faut rappeler que la crise est l'etat naturel du systeme vivant. L'information est imparfaite dans toute societe. Paradoxalement, on pourrait dire que la crise est la manifestation de la liberte puisqu'il est impossible de prevoir le comportement des differents acteurs. Mais l'information n'est pas seulement insuffisante, elle est aussi asymetrique, c'est-a-dire que certains monopolisent tel ou tel savoir afin d'en etre les seuls beneficiaires.

D'ou l'importance de la prevision qui permet, en principe, de compenser ce deficit et de declencher, si necessaire, l'intervention des pouvoirs publics. Ainsi, si dans tel ou tel pays, on constate une insuffisance de la demande, l'Etat peut tenter de la pallier. L'Etat reste un acteur central qu'Emmanuel Todd semble oublier un peu vite.

Malheureusement, aux Etats-Unis, la ou la crise a eclate, l'Etat n'a pas joue son role. Les classes moyennes americaines ont vu leur salaire baisser depuis trente ans mais les pouvoirs publics ne sont pas intervenus - a l'inverse des Europeens - pour soutenir la demande interieure, soit par des investissements ou l'instauration de transferts sociaux.

Les Etats-Unis ont choisi la voie de l'emprunt. L'emprunt, ce n'est pas l'argent qui monte a la tete d'un systeme mais c'est le mode americain de creation d'une demande externe au marche. Et pour permettre aux Americains d'emprunter, de nombreux outils sophistiques ont ete crees qui ont permis de preter sans aucun garde-fou, c'est-a-dire de transferer les risques au voisin.

Enfin - pour venir sur le terrain d'Emmanuel Todd - je crois que nous assistons surtout a une globalisation du marche sans globalisation de l'Etat de droit. Or chacun sait qu'un marche sans Etat de droit - et sans Etat tout court -, ne peut fonctionner. Le seul marche sans Etat de droit qui existe actuellement dans le monde, c'est la Somalie, une veritable catastrophe pour les populations. Aujourd'hui, nous sommes en train de nous diriger vers une Somalie planetaire !

Or pour certains, et je pense au monde anglo-saxon, la crise actuelle n'est qu'un episode difficile a passer, la vague de croissance mondiale devant permettre la remise en ordre economique du monde. Wall Street continuera donc de dominer la Maison Blanche et la City, le 10 Downing Street (lieu de residence du premier ministre britannique). C'est comme cela que le systeme fonctionne aujourd'hui et que la puissance anglo-saxonne est assuree.

Cette solution qui revient a ne rien faire et que le G20 du 2 avril, en effet une mascarade comme le dit Emmanuel Todd, va vouloir ratifier, est une fausse piste. Nous avons aujourd'hui besoin d'une gouvernance planetaire. Mais je pense que nous aborderons plus tard la question des solutions.

Jean Gadrey :
La crise que nous vivons est systemique.

Elle comporte plusieurs dimensions que les plans de relance devraient prendre en compte. Pour commencer, je crois que la question de l'asymetrie d'information evoquee par Jacques Attali est une abstraction speculative. Elle n'explique ni la domination actuelle du dollar, ni celle de la puissance militaire americaine, ni la crise ecologique.
Mon diagnostic est que nous vivons une crise sociale et, de plus en plus d'experts l'admettent, une crise des inegalites, de l'exces de richesse. C'est aussi un seisme financier et un tremblement de terre geopolitique. Nous en aurons la demonstration lors du prochain G20 lorsque le Fonds monetaire international (FMI) tentera d'intervenir et qu'une fois de plus la structure de son organisation (repartition des droits de vote entre pays developpes et pays emergents) sera un frein. L'institution internationale doit absolument etre reformee, si l'on veut s'en sortir.
Enfin, nous sommes face a une crise ecologique tres grave qui n'est pas du tout deconnectee de la crise economique et sociale actuelle. Il suffit d'evoquer les mouvements de yo-yo des cours des matieres premieres, du pic de l'offre de petrole, etc. Le dumping ecologique est l'une des dimensions du dumping fiscal et social denonce par Emmanuel Todd dans sa critique justifiee du libre-echange.

Nous allons, je crois, vers une crise des subprimes ecologiques. Nous accumulons vis-a-vis de la nature des dettes pourries et la banque mondiale des ressources naturelles qui, pour l'instant, nous fait encore credit, va nous faire payer durement ces dettes excessives. Il faut la recapitaliser d'urgence et les plans de relance actuels, qui ne sont pas suffisamment "verts", n'en prennent pas le chemin.

Erik Orsenna :
Nous sommes dans l'ere du virtuel.

Depuis trois ans, je suis membre du conseil d'administration de l'Ecole normale superieure. J'y ai rencontre des mathematiciens qui vivent avec d'autres eleves de grandes ecoles au sommet de l'abstraction, d'ou ils peuvent creer du virtuel financier, avec des produits et des techniques extremement sophistiques, comme la fameuse titrisation : on decoupe les risques et comme ca personne ne sait ou ils se trouvent.

En realite, ce virtuel est au service du mensonge. En principe quand un menage ne gagne pas beaucoup d'argent, il ne s'achete pas de maison. Ce qui ne satisfait guere les banquiers qui ne distribuent pas beaucoup de prets. Du coup, c'est l'embrouille : on explique aux pauvres qu'ils peuvent quand meme acceder a la propriete grace a des prets dont on ne verifie pas les garanties, etc.

C'est le feuilleton des subprimes... La finance est devenue une Game Boy pour adultes et la finance est surtout devenue une fin en soi. La finance au service de l'economie, bien sur, mais la finance au service de la finance, nous avons vu a quoi cela nous a menes. Autre grille de lecture qui me semble importante, celle du temps.

Nous sommes dans l'ere de la satisfaction instantanee. Il y a une infantilisation des decideurs economiques qui veulent tout et tout de suite. Le long terme est le grand absent de toutes ces prises de decision. Voila pourquoi, nous avons oublie l'ecologie.


Dernier point que j'ai remarque en parcourant par deux fois le monde, une fois pour le coton et une fois pour l'eau, c'est le developpement des inegalites. La mondialisation a du bon, dans certains cas. J'ai vu au Bresil, en Inde et en Chine des centaines de millions de gens reussir a sortir de la misere absolue pour devenir pauvres puis constituer ensuite une classe moyenne. Mais ce n'est plus le cas actuellement.
Nous sommes bloques. Et ce qui me frappe, c'est qu'a cette inegalite economique s'ajoute une inegalite climatique. Nous n'allons pas devoir affronter une crise globale de l'eau mais il y aura des crises locales qui vont frapper de nombreux territoires, parmi les plus pauvres. En realite, nous vivons beaucoup de crises a la fois : crise de l'urbanisation demesuree, crise agricole... Les crises s'enchainent et la plus grave n'est pas celle que nous vivons.

Mme Jouanno, ne craignez-vous pas que le seisme economique actuel passe par pertes et profits les exigences liees a la crise ecologique que nous vivons aujourd'hui ?

Chantal Jouanno :
La crise ecologique actuelle c'est un rechauffement climatique qui peut atteindre - dans son scenario extreme - plus de 6 °C !  (de moyenne... ce qui est extraordinaire...et trés risqué)

Nous vivons aujourd'hui une large crise de la biodiversite. En France, les abeilles disparaissent et on ne sait toujours pas comment l'expliquer precisement. Les problemes de sante lies a l'environnement (pollution de l'air etc.) sont en train d'exploser. Qui pourrait dire que tout cela est anodin...

Pour apporter des reponses a tous ces defis, il faut, entre autres, changer de modele de prise de decision. C'est ce que nous avons voulu tester avec le Grenelle de l'environnement ou, au lieu d'avoir un plan gouvernemental elabore dans des cabinets ministeriels puis presente au Parlement, nous avons prefere elaborer un systeme avec cinq colleges tres equilibres : les associations, les entreprises, les syndicats, les elus et l'Etat qui, pour une fois, est reste silencieux. Ce sont eux, ensuite, qui ont presente le plan aux deputes et aux senateurs.
Concernant les actions a mener, et je ne definis pas autrement ma feuille de route, je vais appliquer les decisions du Grenelle de l'environnement. Elles sont ambitieuses puisqu'il s'agit d'un plan de 440 milliards d'euros d'investissement d'ici a 2020. Quand on me demande pourquoi j'ai ete nommee, je reponds - et nous sommes loin du virtuel - que c'est pour faire ce boulot.

Le Grenelle de l'environnement est un premier plan de relance. Vient ensuite le deuxieme volet gouvernemental qui, lui, se chiffre a 26 milliards d'euros. Des voix critiques s'elevent pour dire qu'avec cet argent, nous allons essentiellement construire des routes. C'est inexact. Quelque 870 millions d'euros sont en effet consacres aux infrastructures (ferroviaire, maritime...), la route ne representant que 400 millions d'euros dont 200 millions lies aux questions d'entretien et de securite.

Au global, 20 % du deuxieme plan de relance sont consacres a l'acceleration des depenses pour l'ecologie. Peu de pays depassent ce pourcentage. La Coree, elle, affiche un plan nettement plus ambitieux avec 80 % des depenses dediees a l'ecologie.

Emmanuel Todd :
Le probleme, aujourd'hui, ce n'est pas la disparition des abeilles, c'est la disparition des emplois !
Chantal Jouanno : Si l'on persiste a raisonner avec les anciennes recettes - l'offre et la demande - qui datent d'Adam Smith, puis de Keynes, je crains que nous n'allions au-devant de fortes difficultes. Notamment en termes d'emplois. A la prochaine crise, nous en perdrons encore plus...

Jean Gadrey :
Si j'etais a la place d'Emmanuel Todd, j'utiliserais l'argument ecologique a l'appui de ma these contre le libre-echange.

Toutes les personnes que je rencontre au sein des ONG dediees a l'ecologie constatent que le libre-echange d'aujourd'hui est un facteur d'aggravation de la degradation de l'environnement. Le dumping social sur lequel insiste Emmanuel Todd est tres important, certes, mais le dumping ecologique l'est tout autant. Le protectionnisme ne doit pas obligatoirement passer par des barrieres douanieres ou tarifaires.
Pourquoi ne pas mettre plutot en place une taxe transport, une taxe CO2, une taxe kilometrique ? Il est clair que faire parcourir 17 000 kilometres en avion-cargo refrigere, au gigot neo-zelandais pour le vendre moins cher que le gigot local n'est pas un objectif ecologiquement et socialement souhaitable. Apres ces differents diagnostics poses, riches, interessants, quelques fois contradictoires, il est temps de reflechir aux solutions. Protectionnisme ? Gouvernement mondial ? L'Europe ou le planetaire ? Quels leviers faut-il actionner ?

Jacques Attali :
Dans les semaines qui viennent, la principale question a regler est la crise financiere. Le systeme bancaire et les compagnies d'assurance mondiaux sont en faillite. Il est donc urgent de mettre en place un systeme de regulation du systeme financier afin de retablir la confiance.

Je pense ensuite qu'il faut reflechir a un gouvernement mondial, bien evidemment democratique. Cela doit etre aussi une priorite. Dans les annees 1930, un certain nombre de personnes avaient compris la necessite de changer de systeme monetaire et le besoin d'un marche commun pour eviter la guerre qui s'annoncait. On a prefere faire la guerre et les reformes apres. Je crains que la meme erreur ne se reproduise. On fera d'abord les guerres - et il y aura 300 millions de morts -, puis les reformes et un gouvernement mondial.

Un gouvernement mondial n'est pas une utopie. Il existe deja dans de nombreuses dimensions : vous prenez un avion, vous obeissez a un gouvernement mondial, celui de la securite aerienne. Il existe aussi une instance internationale pour le football. Dans le monde de la finance, vous avez la Banque des reglements internationaux (BRI) qui a le pouvoir - meme si elle s'est trompee - de definir les regles de solvabilite du systeme bancaire mondial.

Reste la question de la crise ecologique. La solution n'est pas dans le fait de reduire la production ou la croissance mais d'en transformer la nature. Il faut consommer moins d'energie par quantite de production. Jouer sur le progres technique et investir massivement vers les energies renouvelables : solaire, eolien etc.

Erik Orsenna :
Jacques Attali a raison : il reste encore beaucoup de cadavres dans les placards de la finance. Le nettoyage doit continuer. Il n'est pas seulement indigne de s'octroyer des stock-options, il faut aussi retablir la confiance afin que les gens ne croient plus qu'on leur ment en permanence.

Bien sur, il est necessaire de modifier la nature des relais de croissance. Comme d'habitude, lorsqu'il y a une sorte d'abondance, on est bete. Je suis frappe de voir a quel point l'abondance de petrole, exploitable et transportable, nous a aveugles. Comment ne pas avoir pense plutot a utiliser l'energie solaire ! Nous devons egalement definir de nouveaux modes de production agricole, moins consommateurs d'energie. Enfin et d'abord, le coeur de l'affaire c'est l'investissement dans le savoir. A ce sujet, la crise de l'universite francaise est un veritable desastre.

Poursuivons sur les solutions. Herve Kempf, journaliste au Monde, specialiste des questions d'environnement et auteur de "Pour sauver la planete, sortez du capitalisme" (Seuil, 152 pages, 14 euros), est present dans la salle et va donc nous proposer les siennes...

Herve Kempf :
Nous ne sommes pas en crise. Nous sommes, pour reprendre le terme du grand economiste Karl Polanyi, dans une "grande transformation". L'humanite atteint un seuil qui, si nous le passions, nous empecherait de retrouver l'equilibre des systemes naturels. La crise ecologique est dans la zone rouge.

Ce defi ecologique doit etre articule avec la question sociale et politique. Point central : la question de la productivite. Celle-ci est en progression constante depuis le debut du siecle. Or la productivite n'est pas seulement l'augmentation du travail humain, c'est aussi la capacite a transformer la nature, la matiere et a faire progresser les richesses.

Mais l'augmentation de la richesse collective permise grace a l'amelioration de la productivite a ete captee par une seule partie de la societe, par le biais de la speculation financiere. Nous sommes aujourd'hui dans l'obligation de nous attaquer a la question fondamentale des inegalites, en forte progression depuis une trentaine d'annees.

Nous avons besoin de lien social, d'une autre agriculture, d'une autre politique de l'energie, de sante, d'education, et moins besoin, au moins dans les pays riches, de telephones portables, d'automobiles... Il nous faut reduire la consommation materielle et la consommation d'energie, c'est un enjeu essentiel au regard de la crise ecologique que nous vivons.

Pourtant, le modele culturel des pays riches continue de se projeter dans les pays emergents dont beaucoup des habitants aspirent a vivre comme les Californiens, les Londoniens, les Francais... C'est courir a la catastrophe. Aujourd'hui, il est temps de poser la question de l'inegalite de maniere claire, la reduire et instaurer une economie centree sur le lien social avec un faible impact ecologique et des creations d'emplois importantes dans les secteurs des energies renouvelables.

Chantal Jouanno :
La crise actuelle n'est pas nee directement d'une crise ecologique, mais il est clair que les crises ecologiques amplifiees deviendront des crises en elles-memes. Il y a une piste que je souhaiterais evoquer qui est celle de la revision des indicateurs qui sont les notres. Aujourd'hui, nous mesurons l'efficacite de notre systeme par le PIB. Or tout le monde sait que celui-ci augmente s'il y a des accidents de voiture (frais engages, reparation etc.).

En revanche, si l'on detruit notre patrimoine, qu'il soit humain ou naturel, le PIB ne l'integre pas.
Il faut aussi s'interroger sur notre consommation dont la culture est totalement globalisee. Partout dans le monde, vous avez les memes chaussettes et les memes stylos. C'est une culture dans laquelle nous nous complaisons, sans qu'elle reponde necessairement a nos besoins.

Pourquoi consommer toujours plus alors qu'on n'y prend pas forcement du plaisir ?

Jamais le nombre de personnes dans le monde qui consomment des antidepresseurs n'a ete aussi eleve...

Jean Gadrey :
Je suis tout a fait d'accord avec vous Mme Jouanno : le monde doit se doter de reperes du progres. Et le PIB actuel ne reflete pas l'activite reelle. Je proposerai, en ce qui me concerne, trois priorites : faire en sorte que les banques redeviennent un service public de financement de l'economie.

Mais attention : pour financer quoi ?

Il faudra y reflechir. Faut-il encore financer des productions a l'exportation qui n'est pas la solution a tous les problemes, comme le montre la crise et comme l'a explique Emmanuel Todd.
Deuxieme point central, sur lequel je rejoins Herve Kempf : la reduction des inegalites. Le Prix Nobel d'economie

Joseph Stiglitz - que je cotoie au sein de la Commission sur la mesure de la performance economique et du progres social, instance chargee justement de reflechir a l'elaboration de nouveaux indicateurs de richesse - explique regulierement que les Etats-Unis ont ete un modele de croissance pour le monde entier pendant des annees mais, qu'aujourd'hui, les Americains sont moins heureux qu'avant...

Enfin, et ce sera ma derniere remarque, nous avons beaucoup discute ce soir des mesures possibles pour sortir de la crise, mais nous n'avons pas aborde une question au moins aussi importante, celle des acteurs sur lesquels pourraient s'appuyer ces initiatives : faut-il encore compter sur l'elite intellectuelle et politique ou les idees les plus originales ne sont-elles pas a chercher du cote de la societe civile organisee au niveau mondiale...

Emmanuel Todd :
Certes, nous sommes confrontes a toute une serie de questions difficiles : la finance, l'ecologie, mais il ne sera pas possible de regler tous les problemes en une seule fois. Je crois que nous devons cibler en priorite nos actions et commencer par nous attaquer au libre-echange. J'en reviens donc a cette idee de protectionnisme europeen.

L'Europe me semble le bon espace pour debuter. Pour bien y reflechir - car le probleme, je ne le nie pas - est complexe, je recommanderai la fondation d'instituts de recherche avec des economistes, des industriels afin de definir les secteurs de production qui doivent etre proteges, sur un mode, si possible cooperatif entre grandes regions.
Par Admin-Polytech-21
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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 10:45
Nicolas Hulot : « Nos ecogestes ne sont pas a la hauteur des enjeux », Terra Eco n°2, avril 2009 Walter Bouvais , Yannick Labrousse/Temps Machine  

Nicolas Hulot s'apprete a revenir au devant de la scene mediatique. Son long metrage « Le Syndrome du Titanic », annonce comme un « cri d'alarme et un cri d'espoir », pourrait etre projete au Festival de Cannes. L'animateur et patron de la fondation qui porte son nom leve, pour « Terra eco », un coin de voile sur ce film. Et appelle a un changement radical et immediat de notre consommation.

La crise economique se propage. Faut-il relancer la machine par la consommation ? Est-ce compatible avec une demarche de developpement durable ?

Nicolas Hulot : Il faut investir pour que l'economie tourne. Mais nous devons desormais le faire sur la base de criteres drastiques, en privilegiant l'economie immaterielle. Il va falloir reguler, voire tarir, certaines consommations, comme celle du poisson ou celle des automobiles polluantes. On y parviendra en interdisant par exemple les voitures dont les emissions de CO2 depassent 50 ou 80 grammes par kilometre (1). Parallelement, certaines consommations elementaires doivent etre encouragees. C'est le cas de l'alimentation biologique, qui doit atteindre un seuil critique. Pour reguler certaines consommations et tarir les autres, il va falloir de nouvelles normes et de la fiscalite.

Pourtant le debat sur la taxe ecologique - qui privilegierait les produits verts et penaliserait les autres - n'avance pas.


N.H. :
 Au contraire. Il y a quelque temps, cette solution etait inenvisageable. A l'heure ou nous parlons, des decideurs reflechissent a basculer notre fiscalite, en taxant davantage les consommations impactant les ressources energetiques ou naturelles et moins le travail. L'idee de cette taxe n'est pas encore admise, c'est vrai. Mais elle n'est plus ecartee. En fait, la crise economique a pris tout le monde de court et c'est finalement sa seule vertu : elle nous fait douter de tout. Du coup, en France comme ailleurs, les esprits s'ouvrent a des idees nouvelles. Sur le sujet de la taxe ecologique, je peux vous dire que nous avons des reunions au sommet de l'Etat.

Comme chaque annee, avril est marque par la semaine du developpement durable. Qu'en pensez-vous ?


N.H. : 
Tout cela est sympathique et necessaire, mais insuffisant. Des responsables politiques ne pourraient pas dire cela. Mais c'est le role d'une ONG comme la notre. Par exemple, je deplore l'abus que l'on fait du terme « developpement durable  ». J'ai parfois l'impression qu'il ne s'agit plus que d'une camomille mielleuse destinee a nous faire ingerer nos exces. Quand j'entends qu'on veut installer un circuit de Formule 1 « durable » a proximite de Paris, j'ai un peu la nausee.

Comment conserver notre niveau de confort tout en reduisant nos consommations de matiere et d'energie ?


N.H. :
 Le bien-etre n'est pas proportionnel a notre consommation materielle. Il faut redefinir ce que nous appelons le confort. La debauche de choix dans les supermarches est-elle le signe de notre liberte ou le temoin de notre accoutumance ? Je rappelle que si nous continuons au rythme de consommation actuel, l'humanite n'aura plus a sa disposition a la fin du siecle que deux metaux, dont l'aluminium. L'inconfort, ce serait de ne rien faire. Le bien-etre consiste a trier dans les possibles et a se priver de certains choix. Et derriere cela, il doit y avoir des decisions politiques.

Nous sommes passes en quelques mois d'une crise ecologique a une crise economique et sociale. Comme si ces deux extremes etaient nos seules alternatives...

N.H. :
 Nos actions depassent nos intentions. Notre systeme nous met dans l'obligation d'une croissance economique, financiere et materielle qui n'est pas tenable dans un monde physiquement clos et limite. On ne peut pas passer son temps a s'endetter pour rembourser la dette, au detriment des enjeux ecologiques et sociaux. Il faut revoir le fonctionnement du systeme financier.

C'est-a-dire ?


N.H. : 
Le credit doit devenir une forme de service public. Je ne suis pas contre le credit mais je suis contre le fait que le depot d'argent profite toujours aux memes et jamais au plus grand nombre. Nous sommes ici dans une crise de la democratie : le pouvoir est entre les mains d'interets financiers prives. Il ne s'agit pas de faire le proces du passe mais de changer les choses. Le credit pourrait tout a fait relever des Etats et non plus d'entreprises privees. Bien sur, la societe a son temps d'evolution. Et aucun homme politique ne dirait qu'il faut remettre en cause le systeme monetaire international - c'est de cela dont il s'agit - car il serait moque. Mais nous les ONG, qui avons notre liberte de parole, avons le devoir de bruler les etapes.

« Bruler les etapes » : est-ce le but de votre long-metrage Le Syndrome du Titanic ?


 N.H. : Ce film sans concession est ma facon de franchir un cap. Le temps des ecogestes est revolu. Il faut fermer le ban et precipiter l'etape suivante. Le film part de ma conviction que les crises ecologique, alimentaire, energetique et financiere, qui se combinent pour former une crise systemique, ont une seule et meme origine : une profonde crise culturelle. Le plus petit denominateur commun de ces crises est notre incapacite chronique a nous fixer des limites, c'est-a-dire notre gout absolu pour la demesure. Il n'y a pas besoin d'etre prix Nobel d'economie pour le comprendre. Par ailleurs, les changements que nous faisons dans nos modes de vie relevent de l'epaisseur du trait. Ils ne sont pas a l'echelle des enjeux. Ce qui est en cause, c'est bel et bien notre systeme economique. Les recettes du passe ne fonctionnent plus. Pire, elles sont les poisons d'aujourd'hui.

Le propos de votre film semble donc bien davantage economique et societal qu'ecologique...


N.H. :
 La crise ecologique est la. On ne peut plus le nier et ceux qui ne veulent pas recevoir cet argument-la aujourd'hui ne le recevront pas plus demain. Partant de la, mon propos n'est pas de faire le enieme film environnemental. Ce qui m'interesse c'est la suite : ce qui est en cause, de facon positive et negative, ce sont nos modes de production et de consommation individuels. Nous assistons a une forme de deni, car l'evidence nous gene : soit on subit les changements, parce que la nature ne nous demandera pas notre avis et parce qu'elle a deja entame une forme de « regulation » ; soit on decide de prendre la main et on anticipe les problemes. Mais alors, nous devons changer radicalement. Cela ne compromettra ni le fonctionnement de notre monde ni notre bien-etre. Mais nous devons agir dans un delai tres court. Il faut faire sauter les verrous culturels du nationalisme, du positivisme et de la confiance absolue dans la science et les technologies.

Pensez-vous que nous soyons prets a entendre un tel discours ?


N.H. :
 Je cite souvent cette pensee d'Einstein : « Notre epoque se caracterise par la profusion des moyens et la confusion des intentions. » Nous ne manquons pas de moyens mais il nous faut preciser nos intentions, exercer notre choix. Or, choisir c'est renoncer : nous ne pourrons pas etre sur tous les fronts. Pouvons-nous, par exemple, continuer de mettre chaque annee dans les budgets militaires des sommes 30 fois superieures a ce qui permettrait de sortir l'humanite de la misere ?

Ces propos ont deja ete entendus maintes fois depuis les annees 1970.

N.H. :
 Oui. Mais s'ils avaient ete ecoutes, nous n'en serions pas la. Meme les esprits chagrins reconnaissent que notre systeme economique et social s'effondre. Des les annees 1970, des penseurs du Club de Rome soulignaient qu'il n'etait pas tenable a long terme. Si on les avait ecoutes, la resolution de nos problemes serait moins compliquee.

Qui sont les hommes et les femmes capables d'inventer la nouvelle civilisation que vous appelez de vos vœux ?


N.H. :
 Les solutions ne sortiront pas des moules habituels. Elles ne viendront pas de ceux qui sont obsedes par une croissance economique qui ne vaut que pour elle-meme. Il faut chercher ailleurs. C'est cette curiosite qui doit animer nos decideurs. Les personnes qui reflechissent et qui vont loin ne manquent pas. Tenez, je vois sur mon bureau quelques auteurs qui m'ont inspire recemment : Richard Heinberg, Thomas d'Ansembourg, Francois Flahaut, Patrick Viveret, Bernard Lietaer, Herve Kempf...

Quel regard portez-vous sur le Grenelle de l'environnement ?


N.H. : Je suis heureux de voir ce qui se passe dans notre pays. Mais il va falloir bruler les etapes suivantes car si nous n'avons pas de reponse a la hauteur de l'emballement, je crains que cela ne suffise pas. L'election de Barack Obama me donne un grand espoir. Mais notre role, en tant qu'ONG, a quelques mois de la conference sur le climat de Copenhague, ne se limitera certainement pas a faire des propositions gentillettes. (1) 149 g/km en moyenne, en France. 

Un film en avant-premiere a Cannes ?

Nicolas Hulot montant les marches du Festival de Cannes. Aussi decalee soit-elle, la scene pourrait se derouler au mois de mai. Le long metrage Le Syndrome du Titanic, qu'il a corealise avec Jean-Albert Lievre, est sur les rangs pour une projection hors competition lors de la grand-messe du cinema. « L'idee de passer deux jours a Cannes est pour moi un cauchemar, confie Nicolas Hulot. Mais je vais me faire violence, ne serait-ce que pour les producteurs du film, qui ont pris un risque enorme. » Le film a ete tourne entre l'ete 2007 et septembre 2008, au Japon, en Chine, au Nigeria, en Guinee, en Amerique du Sud et aux Etats-Unis. « On y verra peu d'images de nature. Le rythme sera volontairement assez lent : je veux que l'on mette des visages et des vies sur les crises. »

Sortie en salle prevue en octobre 2009.
Par Admin-Polytech-21
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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 10:28

La présence des entreprises du CAC 40 dans les paradis fiscaux

si vous souhaitiez vous faire embaucher par les grandes entreprises...il va falloir y réfléchir à  deux fois...
Il faut à ce sujet bien comprendre que toutes les sommes "détournées" ne sont pas du tout dans un esprit de préservation de l'environnement ou du développement soutenable , souhaitable, mais plutôt d'exploitations et de raréfactions des ressources du plus grand nombre...pour des objectifs à trés court terme en compétition avec des objectifs globaux à plus long terme.

Alors que le sommet du G20 sur la crise financière a abouti sur la publication d’une liste noire des paradis fiscaux par l’OCDE, l’enquête publiée par Alternatives économiques démontre que 100 % des multinationales françaises du CAC 40 ont des filiales dans les paradis fiscaux et judiciaires.

A titre d’exemple,

la BNP Paribas a 189 filiales dans des paradis fiscaux, dont 27 au Luxembourg et 21 aux Îles Caïman.

Danone a 16 filiales à Singapour,

Schneider en a 24 à Hong-Kong et

PPR en a 30 en Suisse.

Des Bermudes à la Suisse en passant par Panama, toutes les grandes entreprises françaises possèdent des filiales dans les paradis fiscaux.


C'est ce que révèle l'enquête menée par Alternatives Economiques publiée ce mois-ci. Elle montre que toutes les entreprises françaises du CAC 40 sont fortement présentes dans les pays offrant des services financiers de type « paradis fiscaux » [1]. Avec pratiquement 1 500 filiales offshore, réparties sur près d'une trentaine de territoires, des Bermudes à la Suisse en passant par Malte et Panama et... le Royaume-Uni.


Selon l'étude d'Alternatives Economiques, le secteur financier se révèle être le plus engagé dans les paradis fiscaux. BNP Paribas, le Crédit agricole et la Société générale disposent de 361 entités offshore. Si l'on y ajoute les Banques populaires, Dexia et la Banque postale (présente au Luxembourg), on atteint un total de 467 entreprises. Ce qui représente, en moyenne, 16 % des entreprises de ces six groupes. Les banques françaises s'installent dans les centres financiers offshorepour faire fructifier discrètement et au moindre coût fiscal le patrimoine des personnes aisées, gérer les salaires des cadres à haut revenu en dehors du regard du fisc, accompagner les stratégies internationales des multinationales qui pratiquent « l'optimisation fiscale ».


Mais l'enquête d'Alternatives Economiques montre aussi que toutes les banques françaises ne font pas appel aux paradis fiscaux avec la même ampleur. BNP Paribas est, de loin, le plus mauvais élève du secteur et du CAC 40. Pourquoi cette banque a-t-elle besoin d'une présence plus de trois fois plus importante que la Société générale dans ces territoires douteux ? s'interrogent Christian Chavagneux et Marie-Salomé Rinuy. Une banque du secteur mutualiste comme les Banques populaires ne se distingue pas des autres : elle est même présente dans les îles Caïmans, à Malte et à Panama, dont la réputation est plus que sulfureuse.


Au-delà du secteur bancaire, cette enquête révèle que toutes les multinationales françaises sont implantées dans les paradis fiscaux. Les plus mauvais élèves étant (en valeur absolu comme en pourcentage) LVMH, Schneider, PPR, France Télécom, Danone, Pernod et Capgémini. Les entreprises françaises suivent la voie de leurs concurrentes : à partir des données de la Cnuced, on peut montrer qu'un tiers du stock d'investissements à l'étranger des multinationales se situe dans les paradis fiscaux.


- Voir le tableau complet : les sociétés du CAC 40 implantées dans les paradis fiscaux.


- La liste noire des paradis fiscaux publiée le 2 avril 2009 par l'OCDE

BNP Paribas championne française des paradis fiscaux

 Les Amis de la Terre ont organisé le 1er avril dernier une action devant le siège de BNP Paribas : jouant les banquiers de « BNP PARADIS, la banque d'un monde paradisiaque », ils dénoncent le nombre record de filiales de la banque dans les paradis fiscaux, qui minent les capacités fiscales des États du Sud comme du Nord. Au moment où les crises financière, sociale et écologique imposent des financements publics importants pour réorienter l'économie vers des sociétés soutenables, les Amis de la Terre demandent la fermeture des paradis fiscaux, en commençant par interdire aux entreprises françaises comme BNP Paribas d'y maintenir des filiales.


BNP Paribas est de loin l'entreprise française la plus implantée dans les paradis fiscaux, avec 189 filiales, c'est ce que révèle l'enquête d'Alternatives Economiques publiée ce mois-ci. 


Elle est notamment très implantée au Royaume-Uni, en Suisse où elle se glorifie d'être la première banque étrangère [2], mais aussi aux îles Caïman (21 filiales). Les paradis fiscaux aggravent l'instabilité financière ; ils sapent les mécanismes de redistribution financière et de régulation judiciaire (évasion et fraude fiscales, moins disant fiscal, complaisance maritime).


Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre explique : « Notre action « BNP PARADIS, la banque d'un monde paradisiaque » met en avant la lourde responsabilité des multinationales françaises, en particulier les banques, dans les paradis fiscaux. La crise systémique actuelle nécessite de nouveaux financements publics, pour réorienter très vite les modes de production et de consommation vers des sociétés plus équitables. Or les paradis fiscaux assèchent les Etats de centaines de milliards de dollars par an [3] : halte à l'hémorragie ! Face à l'urgence sociale et écologique, toutes les ressources publiques doivent être mobilisées ».


Gwenael Wasse, chargé de campagne Responsabilité des entreprises, ajoute : « La fraude fiscale et commerciale liée aux multinationales représente 60 à 70 % des sommes s'évadant des pays du Sud. C'est beaucoup plus que l'argent du crime ou de la corruption. La régulation très stricte des multinationales est donc une priorité : c'est faisable puisque la majorité d'entre elles sont situées en Europe ou dans les pays riches. Nous demandons la responsabilité juridique des maisons mères pour toutes leurs filiales et un reporting précis et obligatoire de leurs impacts sociaux et environnementaux et des flux financiers dans chaque pays où elles sont implantées. »

Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes, conclut : « 80 % des flux financiers mondiaux transitent par une trentaine de banques, dont les maisons mères sont presque toutes situées dans des pays riches. L'Union européenne et la France ont donc plusieurs moyens de s'attaquer efficacement au problème :


- faire le ménage chez soi et autour de chez soi, en s'attaquant aux très nombreux paradis fiscaux européens (Londres, Luxembourg, îles anglo-normandes, Monaco, Andorre, Belgique, Autriche, Suisse, etc.) ;


- imposer aux multinationales de fermer toutes leurs filiales implantées dans des paradis fiscaux quand elles n'ont pas de raison d'y être autre que « l'optimisation fiscale » ;


- interdire tout soutien public (subvention, crédits à l'exportation, financement multilatéral type Banque mondiale ou Banque Européenne d'Investissement, etc.) aux entreprises situées dans des paradis fiscaux.


Que ce soit pour la lutte contre les paradis fiscaux ou la responsabilité des multinationales, la France et l'Union européenne doivent prendre les devants et agir sans attendre : elles en ont les moyens. Auront-elles le courage politique demandé par les citoyens ? ».


[1] Périmètre de l'étude : les entreprises du CAC 40 moins Air France-KLM, STMicroelectronics, Total et Vinci, pour lesquelles les informations ne sont pas disponibles. Inclus Auchan, Banques populaires (avant la fusion avec les Caisses d'épargne pour lesquelles les données ne sont pas disponibles) et la Banque postale. Les données BNP Paribas n'intègrent pas la banque Fortis.


[2] Voir le site Internet de BNP Paribas Banque Privée.


[3] Source : Plateforme Paradis fiscaux et judiciaires.

Par Admin-Polytech-21
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