Mefiez-vous du pétrole pas cher....
Un discours que bien peu de gens veulent lire et comprendre....
Avec 35 % de la consommation energetique de la planete (et le meme pourcentage en France, bien que les debats sur l'energie aient une furieuse tendance à se focaliser sur le nucleaire ou l'eolien), le petrole est la premiere des energies consommees dans le monde.
Mieux : quasiment plus aucune production, aujourd'hui, ne peut fonctionner sans transport, donc sans petrole (qui alimente 98 % de ce qui roule sur terre).
C'est vrai des activites de bureau, les salaries ayant besoin de se rendre à leur travail (pour beaucoup en voiture), mais aussi des commerces, dont l'essentiel n'existe plus sous la forme actuelle sans camions et sans voitures, des industries qui doivent chauffer des matieres, receptionner des fournitures et livrer des clients (tout ca en camion), et c'est encore vrai du tourisme (qui est difficile sans deplacement de touristes !) ou... de la presse, qui consomme de grandes quantites de papier qu'il a fallu fabriquer - avec de l'energie - et qu'il faut distribuer une fois imprime.
Avec 35 % de la consommation energetique de la planete (et le meme pourcentage en France, bien que les debats sur l'energie aient une furieuse tendance à se focaliser sur le nucleaire ou l'eolien), le petrole est la premiere des energies consommees dans le monde.
Mieux : quasiment plus aucune production, aujourd'hui, ne peut fonctionner sans transport, donc sans petrole (qui alimente 98 % de ce qui roule sur terre).
C'est vrai des activites de bureau, les salaries ayant besoin de se rendre à leur travail (pour beaucoup en voiture), mais aussi des commerces, dont l'essentiel n'existe plus sous la forme actuelle sans camions et sans voitures, des industries qui doivent chauffer des matieres, receptionner des fournitures et livrer des clients (tout ca en camion), et c'est encore vrai du tourisme (qui est difficile sans deplacement de touristes !) ou... de la presse, qui consomme de grandes quantites de papier qu'il a fallu fabriquer - avec de l'energie - et qu'il faut distribuer une fois imprime.
Non content d'etancher un tiers de notre soif energetique, pour un prix ridicule (en Occident, le petrole vaut mille fois moins cher que le travail humain qu'il remplace), le pétrole sert aussi d'etalon pour le prix des autres energies. Le gaz (25 % de la consommation mondiale d'energie) est ainsi vendu avec un prix qui varie largement comme celui du petrole et c'est aussi largement vrai pour le charbon (20 % de l'energie mondiale).
C'est donc dire que si le prix du petrole augmente, c'est le prix de toute l'energie qui augmente, y compris celui de l'electricite, puisque, dans le monde, les deux tiers de cette derniere sont fabriques avec des combustibles fossiles.
Et apres ? Apres, si le petrole augmente vite, c'est... la recession.
Depuis 1970, toutes les hausses significatives du prix du baril se sont terminees par une recession, pendant laquelle ledit prix s'est du reste mis à baisser. Mieux : sauf entre 1983 et 1986, le petrole n'a baisse de maniere longue que pendant les periodes de recession.
Tout cela est normal : l'economie, ce n'est qu'une succession de transformations physiques et chimiques effectuees à partir des ressources naturelles, et, par definition, il n'existe pas de telles transformations sans energie. Des lors, tout devient tres simple : un prix de l'energie qui baisse, ce sont des transformations rendues moins onereuses et donc une economie qui croit, et, à l'inverse, une energie qui augmente rapidement, c'est la recession à peu pres assuree.
85 % de notre consommation d'energie actuelle venant de stocks finis (charbon, petrole, gaz, uranium 235), les mathematiques nous imposent qu'il y aura, pour ces energies, un maximum à la production annuelle puis un declin. Pour le petrole, les operateurs (Total, Shell, BP et d'autres) ne cessent de nous repeter desormais que cela arrivera dans les cinq ans, si ce n'est dejà le cas, et dans les quinze ans pour le gaz. Il est à peu pres evident que, si nous ne nous mettons pas en économie de guerre pour sortir de cette situation tres vite, ce qui nous attend risque fort d'etre plus une succession de recessions brievement entrecoupees de remissions que la hausse perpetuelle du pouvoir d'achat promise par le premier candidat venu.
Dans ce contexte, le petrole redevenu peu cher est source de tous les dangers. Il laisse croire que le probleme de l'approvisionnement a disparu, alors que c'est juste le reflet d'une demande qui baisse à cause de la recession ; il dissuade de faire les investissements structurants pour economiser l'energie fossile, alors que ces derniers ne pourront etre faits en une semaine « le moment venu », puisque cela concerne les logements, l'urbanisme industriel, les transports, la production electrique et meme la structure des metiers ; il eloigne le spectre de la penurie, alors que la recession actuelle menace justement la stabilite du monde et donc nos approvisionnements futurs.
Si un petrole trop peu cher est une mauvaise affaire, meme en temps de recession, la solution est d'une simplicite biblique : il faut en monter le prix. Meme maintenant ? Oui, meme maintenant, pour au moins deux raisons. La premiere est celle mise en avant par Obama quand il tend la main aux constructeurs auto en meme temps qu'il veut renforcer les normes antipollution : il faut redemarrer l'activite (en fait l'emploi) sur de bonnes bases et donc avec la perspective d'un acces à l'energie fossile qui ne sera pas de plus en plus facile, mais bien de plus en plus freine, et qui doit de toute facon l'etre pour eviter un changement climatique, dont les consequences feront passer la crise actuelle pour une aimable plaisanterie. La seconde est que cela degage des rentes disponibles pour les Etats consommateurs pour financer la reconversion, alors que sinon les producteurs fermeront les vannes, jusqu'au moment ou le prix remontera, avec un effet net pour le consommateur final identique, sauf que c'est le producteur qui aura capte la rente et donc que le pays consommateur n'aura pas un centime pour payer sa reconversion.
Le debat qui nait sur la taxe carbone est donc bienvenu.
Il faut juste ne pas se tromper de priorites : la taxe carbone n'est pas un accessoire à la suppression de la taxe professionnelle, mais une proposition principale dont une des contreparties est la fiscalite du travail. Car le principal but de cette taxe carbone n'est pas de boucher un trou dans les recettes de l'Etat, c'est de modifier le comportement des acteurs economiques pour sortir des combustibles fossiles avant que ce soit ces derniers qui nous sortent, c'est-à-dire provoquent des crises à repetition, dont celle-ci n'est peut-etre qu'un premier exemple pas trop mechant. Pour parvenir à ce resultat, il faut des modalites particulieres et notamment une hausse reguliere et programmee du prix final pour le consommateur, seule maniere de lui donner la necessaire visibilite pour programmer ses investissements (des entreprises comme des menages).
Servir de bouche-trou à la suppression d'un autre impot ne permet pas cette programmation indispensable, meme si, à l'evidence, la question de la contrepartie se pose necessairement dans tout debat fiscal. Enfin, il ne faut surtout pas attendre de sortir de la recession actuelle - largement due à la forte hausse du prix du petrole qui a pris place de 2002 à 2008, on semble un peu trop l'oublier - pour recommencer à s'occuper de l'energie : alors que nous sommes à quelques annees tout au plus du plafonnement geologique de la production petroliere, il y a toutes les chances que cette recession dure bien trop longtemps pour que nous puissions nous offrir un tel repit.
Jean-Marc Jancovici est consultant, enseignant et coauteur avec Alain Grandjean de « C'est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde », Le Seuil
Idees et debats. Mefiez-vous du petrole pas cher, Les Echos, 20/02/09 - Jean-Marc Jancovici
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