L'urgence n'est plus là où on l'attendait...
Nos modéles s'effondrent progressivement et c'est là le danger ...LA PRISE DE CONSCIENCE :
1- Climat : Alerte Rouge, Contre Info, 13/02/08
Climat Code Rouge, co-signe par les ecologistes australiens David Spratt et Philip Sutton et publie par les Amis de la Terre, lance un cri d’alarme. Le changement climatique a d’ores et deja franchi un seuil dangereux. La disparition acceleree des glaces arctiques et la fragilisation des glaciers du Groenland qui se deroulent sous nos yeux, des dizaines d’annees avant la date prevue par les projections du GIECC, prouvent que les concentrations actuelles de carbone dans l’atmosphere sont deja suffisantes pour provoquer des chocs systemiques dans les equilibres climatiques. Les politiques actuelles de lutte contre le rechauffement ne sont pas a la hauteur de l’enjeu. Pire encore, les objectifs des maxima de temperature et de CO2 qu’elles considerent comme acceptables sont en fait a des niveaux qui peuvent nous conduire a des catastrophes et enclencher des processus irreversibles et incontrolables.
« Une molecule de carbone emise dans l’atmosphere piegera durant sa duree de vie une centaine de milliers de fois la chaleur degagee lorsqu’elle a ete brulee. »
« La planete ressent deja les effets d’un dangereux rechauffement climatique. Si notre objectif est de proteger tous les humains, toutes les especes, et toutes les generations a venir, au lieu d’accepter comme inevitable un rechauffement de 2°, qui mettra en peril des milliers, sinon des millions, d’especes et des centaines de millions d’humains, nous devrions au contraire agir pour restaurer des maintenant un climat protecteur et sur. Une telle tache requiert la mise en œuvre de mesures permettant de refroidir la terre - en piegeant le carbone repandu dans l’atmosphere, pour combattre les effets deja sensibles aujourd’hui, comme par exemple la disparition probable des glaces arctiques. »
David Spratt et Philip Sutton
----------------------------------
Ci-dessous une selection d’extraits de ce document d’une centaine de pages, qui reprend largement les theses developpees par James Hansen et appuie ses observations et assertions sur une bibliographie fournie.
Etat des lieux
La concentration de carbone dans l’atmosphere est passee de 280 ppm avant la revolution industrielle, a 383 ppm aujourd’hui. Cette augmentation est deja responsable d’une elevation de temperature de 0,8°, auxquels vont s’ajouter 0,6° a cause de l’inertie du systeme climatique. La concentration de CO2 actuelle est la plus haute mesuree depuis 600 000 ans, et dans doute depuis 20 millions d’annee.
La disparition de l’effet albedo, la reflexion des rayons solaires par les glaces de l’Arctique, va provoquer une augmentation de 0,3°.
L’activite humaine serait donc responsable, au total, d’une elevation de 1,7° de la temperature terrestre moyenne.
Les emissions de carbone
Les emissions de carbone se sont accrues de 70% entre 1979 et 2004. Dans la periode 2000-2004, le taux d’augmentation annuel a depasse 3%, alors qu’il n’etait que de 1,1 dans la periode 1990-1999.
Les scenarios du GIEC sont depasses. Le monde evolue plus vite que ce que les modeles avaient prevu.
Si les courbes actuelles se prolongent, en 2015 les emissions de CO2 seront 35% plus elevees qu’en 2000. Aujourd’hui nous emettons 10 gigatonnes de CO2 par an, en 2050 ce chiffre atteindra 22 gigatonnes.
Le niveau de CO2 a augmente de 30 ppm en 17 ans. Les carottages de l’Antarctique nous montrent que dans le passe l’augmentation la plus rapide n’a ete que de 30 ppm en 1000 ans. La rapidite des changements climatiques en cours est sans precedent.
Quel objectif de rechauffement ?
La disparition des glaces arctiques, probable dans les annees qui viennent, montre que la transformation du climat par l’activite humaine a deja atteint un niveau ou elle provoque des chocs systemiques. Plutot que de s’interroger sur les quantites de CO2 que nous nous autorisons a emettre, il faut au contraire sans attendre inverser le processus.
L’augmentation de la temperature dans les annees 1980 etait de 0,5°. C’est donc le niveau qu’il faut tenter de retrouver si l’on veut eviter de dangereuses interferences de l’activite humaine avec le climat.
James Hansen a declare en decembre que « en tant qu’espece, nous avons franchi un seuil climatique pour les grands glaciers et les disparitions d’especes, au moment ou nous avons depasse la concentration de 300-350 ppm dans l’atmosphere, il y a une dizaine d’annees de cela. » Hansen estime que le climat des zones tropicales va continuer a subir des transformations notables, que les oceans vont s’acidifier, mettant en peril la vie de nombreuses especes oceaniques. « Soit nous faisons marche arriere, non seulement en terme d’emissions, mais egalement de quantite de CO2 presente dans l’atmosphere, soit nous allons vers des impacts majeurs. Il faut etablir une cible pour la concentration de CO2 qui soit suffisamment basse pour eviter le point de non retour. »
Les auteurs de Climate Code Red estiment que les objectifs actuels considerant un rechauffement de 2 a 3° comme acceptables, meconnaissent l’ampleur des et la dangerosite des changements climatiques qui auraient lieu.
Scenarios de temperature
Lorsque nous aurons atteint 1° d’elevation de la temperature, la foret amazonienne sera mise en danger. En 2005, les incendies dus a une secheresse exceptionnelle ont libere dans l’atmosphere un milliard de tonnes de CO2, soit 5% des emissions globales. L’Amazonie, responsable de 10% de la photosynthese sur terre, est desormais proche d’un « seuil de resistance critique. »
Si le rechauffement atteint 2°, de 15 a 40% des especes pourraient disparaitre. La toundra disparaitra. Les secheresses seront recurrentes et l’Europe sera regulierement touchee par des vagues de chaleur extreme comme en 2003. La mousson au nord de la Chine disparaitrait probablement, les inondations frapperaient durement le Bangladesh. Dans les Andes les glaciers auront disparu a 40-60%.
Pourtant, ce niveau dangereux de modification du climat est celui qui celui qui est juge admissible par les projections du GIEC et l’Union Europeenne.
En prenant le risque de laisser monter la temperature jusqu’a 3°, nous nous exposons a des consequences encore plus dramatiques, et qui pourraient echapper a tout controle.
La derniere fois que la temperature terrestre a atteint ce niveau, au Pliocene, le niveau des mers etait 25 metres plus haut qu’aujourd’hui. L’ensemble de l’hemisphere nord etait libre de glaces. Durant cette periode la concentration de carbone dans l’atmosphere etait de 360-400 ppm, comparable a ce qu’elle est des maintenant.
A ce niveau, l’Amazonie, le « poumon de la planete » pourrait se transformer en savane, amplifiant encore les effets de retroactions sur le climat. Selon le modele climatique du Hadley Center, en Grande Bretagne, au niveau d’emission actuel de CO2, la probabilite de sa disparition, estimee a 5% aujourd’hui atteindrait 50% en 2030 et 90% en 2100.
De nombreuses regions deviendraient inhabitables a cause de la chaleur et de la secheresse. Les precipitations seraient reduites de 50% au Mexique et en Amerique Centrale.
La frequence des evenements meteorologiques extremes, tempetes et ouragans, serait considerablement plus elevee.
Les programmes de lutte contre le rechauffement qui fixent une fourchette de 450-550 ppm prennent le risque de voir la temperature atteindre 3°.
Le rapport Stern, en 2006 indique que « la probabilite de maintenir les temperatures en dessous de 3° d’augmentation est de 50/50. Celle d’atteindre 4° est de 15%. »
Une etude publiee dans la revue Nature demontre que lorsque le CO2 excede 500 ppm, la temperature moyenne passe subitement a 6° et se stabilise a ce niveau. Ce phenomene serait provoque par la disparition, en raison du rechauffement, des algues dans l’ocean, qui constituent le plus important « puits a carbone » sur terre.
Les objectifs internationaux
Le GIECC et l’Union Europeenne ont adopte un scenario de reduction des emissions a 60-80% en dessous des emissions de 1990, avec un objectif de 400 ppm et une limite superieure de temperature de 2°.
La realisation de ce type de scenario implique, selon le United Nations Framework Convention on Climate Change, une diminution de 20-40% par rapport au niveau de 1990 en 2020, et de 80-95% en 2050.
Nous avons un probleme
Le 13 avril 1970, l’equipage d’Appolo 13 emettait un message devenu celebre : « Houston, nous avons un probleme. » Durant les jours qui ont suivi, astronautes et techniciens au sol ont travaille nuits et jours pour sauver le fragile vaisseau spatial endommage. Aujourd’hui, le message que la planete nous envoie est celui-ci : « Habitants de la terre, nous avons un probleme. »
La sante de la terre et sa capacite a poursuivre son voyage sont gravement mis en peril. Nous sommes au bord d’une catastrophe climatique. Comme l’equipage d’Appolo 13, nous n’avons qu’une seule option, abandonner le cours normal de la mission et presser le bouton d’arret d’urgence. Il nous faut travailler avec toutes nos ressources, notre inventivite, pour batir un plan de survie et, avec une determination inebranlable, le mettre en œuvre.
Action urgente
Dans la derniere partie de leur ouvrage, les auteurs etudient de facon tres detaillee les reponses a la crise climatique, en liaison avec le pic petrolier. Il faut, disent-ils :
- Viser sans delai le « zero emission »
- Capturer le carbone present dans l’atmosphere en developpant des « puits » grace a la biomasse.
- Planifier les transformations economiques rapides necessaires sur le modele des « economies de guerre »
Nous n’avons pas le droit a l’erreur ou a l’echec, concluent-t-ils.
Nous reproduisons ci-dessous le resume redige par les auteurs. Les chiffres entre parenthese font references aux pages du rapport.
Cinq regles pour sauver notre futur climatique
Les decisions des politiques sur la question du changement climatique sont caracterisees par leur peu d’ambitions et une accoutumance aux echecs.
Il y a un besoin urgent de reconnaitre que le changement climatique et les bouleversements aux consequences dangereuses qu’il entraine sont deja la et qu’il s’agit desormais d’une urgence compromettant le futur, exigeant que nous sortions de notre culture du compromis, porteuse d’echecs. Une course de vitesse s’est desormais engagee entre les bouleversements climatiques et les bouleversements politiques.
I - Notre objectif est de securiser notre futur climatique - nous n’avons pas le droit de transiger sur les vies humaines ou la survie des especes.
Aucune espece n’a le droit de determiner quelle proportion du vivant sur terre devra disparaitre, comme le font les compromis actuels acceptant une elevation de 2 ou 3 degres. L’absence de volonte collective pour agir de facon durable est inexcusable (37-42)
L’humanite est responsable de cette catastrophe naissante du rechauffement climatique (21-23) et nous avons la capacite et le devoir de reparer les dommages provoques et d’agir de maniere soutenue pour ramener la terre vers un type climat sans danger.
II Nous ferons face rapidement aux consequences du rechauffement : le danger est immediat, et pas seulement futur.
des consequences graves du changement climatique se deroulent deja, a la fois plus rapidement et a un niveau de temperature inferieur a celui des previsions (22-23). Comme l’a declare James Hansen, le plus eminent climatologue americain devant 15 000 de ses collegues lors d’une conference en decembre 2007, des « points de bascule » majeurs ont deja ete depasses (8). Au nombre de ceux-ci, la disparition des glaciers, une elevation considerable du niveau de la mer qui pourrait atteindre 5 metres a la fin du siecle (9-10), et une hecatombe d’especes vivantes (17). L’Arctique sera bientot libre de glaces l’ete (2-4) et le glacier du Groenland est bientot en danger (5-7).
Une augmentation de 2° est deja en cours (5), a moins que nous n’agissions resolument pour reduire les emissions vers zero aussi vite que possible. L’humanite n’aura pas le pouvoir de renverser le processus que nous avons declenche si nous passons le « point de non retour. » (27)
Les rapports du GIEC sont dangereusement trop prudents (1-2, 18-19). La limite superieure du rechauffement de 2-2,4° propose par le programme des Nations Unies, amenerait le climat de la planete au-dela des temperatures qui etaient celles du dernier million d’annees, et conduiraient a la catastrophe (28-31).
III pour securiser le futur climatique, nous devons entreprendre des actions visant a arreter les emissions et refroidir la planete.
Les seuils critiques en ce qui concerne les grands glaciers et les disparitions d’especes ont ete franchis lorsque nous avons depasse le niveau de 300-350 ppm de dioxyde de carbone dans l’atmosphere, voila une dizaine d’annees (26-28).
Il ne s’agit plus de savoir combien d’emissions supplementaires nous pouvons tolerer en toute securite, mais plutot comment pourrons nous stopper les emissions suffisamment rapidement et provoquer un refroidissement (54-58) avant que nous n’atteignions d’autres seuils et ne declenchions des retroactions positives, telles la fin des puits de carbone et les pertes dues au permafrost (14-16), qui entraineraient la trajectoire de l’evolution du systeme climatique au-dela de tout espoir de controle par l’homme (12-14).
Hansen estime que, soit nous commencons a diminuer non seulement les emissions de carbone, mais aussi la quantite presente dans l’atmosphere, soit nous allons au devant de graves consequences (note 1)
IV Planifier une transition a grande echelle vers une economie et une societe post-carbone
Nous faisons face a une crise multi-factorielle et a une crise systemique (44-46).
Les obstacles a la mise en œuvre des solutions pour le climat sont de nature sociale et politique, pas economique ou technologique (53-58).
La vitesse de reaction est fondamentale (39-40) pour la construction d’une economie de l’apres carbone aussi rapidement qu’il est humainement possible (67-68).
Il est un necessaire d’entreprendre un programme de transformations d’une ampleur comparable (59) a celui d’une « economie de guerre » ou a ce qui a lieu lors de la naissance des « Tigres Asiatiques. »
V Devant l’urgence climatique conditionnant le futur, nous devons agir bien plus rapidement que le rythme habituel de l’economie et du politique.
Ces imperatifs sont incompatibles avec les contraintes des modes d’actions traditionnels des politiques et de l’economie. Notre modele d’action habituel, a court terme, a petit pas et peureux devant les changements rapides et profonds, est tout simplement incapable de piloter la transition a la vitesse requise. La crise climatique, elle, n’evoluera pas a petits pas, traditionnellement. Les decisions des politiques sur la question du changement climatique sont caracterisees par leur peu d’ambitions et une accoutumance aux echecs (47-53,59-62).
Il y a un besoin urgent de concevoir le probleme que nous affrontons comme une urgence mettant le futur en jeu, qui nous place au-dela des politiques de compromis porteurs d’echec (63-66).
Meme des objectifs modestes (25-40% de reduction d’emission par rapport a 1990 en 2020) exigent une acceleration massive du rythme des changements, qui ne peut etre obtenue qu’en passant a un mode d’urgence (62).
Comme l’a ecrit Ian Dunlop, ancien dirigeant de l’industrie petroliere : « Le fait inquietant est que nous faisons face a une urgence conditionnant le futur. Mais il est impossible de determiner des solutions realistes tant que nous ne comprenons ni n’admettons l’ampleur du probleme. « Climat Alerte Rouge » est une analyse equilibree, serieuse, de ce defi, denuee de parti pris politique, qui propose un cadre realiste pour affronter l’urgence. Cette etude devrait etre lue par tous les dirigeants politiques et d’entreprise, ainsi que par les citoyens. Si nous avons une chance raisonnable de preserver une planete habitable, le rassemblement de nos efforts en urgence aurait du etre entrepris depuis longtemps. Nous jouerons cette partie une seule fois, et il n’y aura pas de jeu d’essai. »
Note 1 Au sujet des recentes declarations de James Hansen, lire :
- Beck, A. (2007) “Carbon cuts a must to halt warming - US scientists”, Reuters, 13 December 2007
- Borenstein, S. (2007) “Arctic sea ice gone in summer within five years ?”, Associated Press, 12 December 2007
- Inman, M. (2007) “Global warming “tipping points” reached, scientist says”, National Geographic News, 14 December 2007
Source Carbone Equity
Publicité